Ten Songs by Tucker Zimmerman.

1969. Mon père a vingt-huit ans quand il enregistre une série de chansons dont dix pistes formeront son premier album “Ten Songs by Tucker Zimmerman”, aujourd’hui à nouveau disponible.

Encensé a posteriori par David Bowie, cet album ne connait à sa sortie qu’un seul pressage. Vinyle, forcément. Depuis, quelques amateurs avaient téléversé des morceaux sur Youtube tandis que l’édition originale émergeait de temps à autre sur eBay à des prix surprenants. Avec le seul avantage de nimber l’album d’une étrange aura de collector underground.

Aujourd’hui, je l’ai écouté pour la toute première fois.

Je n’arrive pas à reconnaitre sa voix. Elle est différente. Nerveuse et énervée. Sans doute l’âge. Ou plutôt l’absurdité de l’époque.

1966, il esquive de justesse la mobilisation. Ce sera Rome plutôt que Da Nang. Puis Londres, dans la clandestinité : les Etats-Unis lui en veulent d’avoir échappé au bourbier vietnamien. Children Of Fear est sans doute le texte le plus explicite à ce sujet. Trop, me dira-t-il.

Le studio londonien est un refuge. Et le line-up de musiciens pour Ten Songs est d’ailleurs plutôt réconfortant. On y retrouve les orgues de Rick Wakeman – futur claviériste du groupe Yes. Une contribution du guitariste américian Shawn Phillips ainsi que la batterie d’Aynsley Dunbar – Dunbar jouera par la suite avec John Mayall, Frank Zappa, Lou Reed, et Jefferson Starship.

Ce qui me surprend, c’est que ce n’est pas du folk. C’est du rock, ou presque. Sans doute en grande partie grâce à l’implication de Tony Visconti, producteur originaire de Brooklyn qui apportera sa touche si spécifique aux albums de David Bowie, T.Rex, The Moody Blues, Thin Lizzy, Kaiser Chiefs et bien d’autres.

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On peut parfois être surpris du peu de connaissance que j’ai de la musique de mon père. Fils indigne. Inculte, plutôt. Mais peu importe, sa musique, je ne l’ai jamais écoutée. Parce qu’en grandissant, elle faisait tout simplement partie de la vie à la maison, comme la caisse de sa douze cordes qui trainait le long de sa bibliothèque et sur laquelle je faisais dévaler mes petites voitures en métal.

L’instrument, qui me semble aujourd’hui encore gigantesque, est construit sur mesure par Tony Zemaitis pour répondre au jeu très percussif de mon père. A l’époque, le luthier londonien est pourtant moins connu pour ses instruments acoustiques que pour ses guitares électriques avec leurs tables en métal gravé qu’on retrouve entre les mains de Harrison, de Richards, de Woods.

La musique de mon père est celle d’un singer-songwriter accompagné de sa seule guitare acoustique. Un “song-poet” solitaire.
Il enregistre six albums et tourne intensivement jusqu’au milieu des années quatre-vingt. Puis c’est le blackout pendant une décennie. Avant de reprendre avec le Nightshift Trio. Mais ça, c’est une autre histoire.
Réédité par RPM, Ten Songs by Tucker Zimmerman est disponible via le site de Cherry Red.